Le groupe électrogène est souvent le dernier rempart contre les pannes de courant, garantissant la continuité d’activité dans les hôpitaux, les data centers ou sur les chantiers. Cependant, la fiabilité de ces machines ne dépend pas uniquement de leur mécanique, mais aussi (et surtout) de la qualité du carburant qui les alimente. Un phénomène insidieux menace les réservoirs de diesel, en particulier ceux qui stockent du carburant sur de longues périodes : la contamination bactérienne, souvent appelée peste du diesel. Comment se forme-t-elle et comment l’éviter ?

Le phénomène de la contamination bactérienne

Contrairement à l’essence, le diesel est un carburant organique instable. Avec l’introduction des biodiesels (contenant des esters méthyliques d’acides gras ou EMAG) pour des raisons écologiques, le carburant est devenu plus hygroscopique, c’est-à-dire qu’il attire l’eau.

L’eau est l’ennemi numéro un. Elle pénètre dans le réservoir du groupe électrogène par condensation, due aux variations de température jour/nuit. L’eau étant plus lourde que le gazole, elle coule au fond du réservoir. C’est à l’interface entre cette couche d’eau et le carburant que les bactéries, levures et moisissures se développent. Elles se nourrissent des hydrocarbures et de l’oxygène de l’eau.

Les symptômes d’un carburant contaminé

La prolifération bactérienne crée une boue visqueuse (biomasse), souvent de couleur sombre ou verdâtre. Les conséquences pour le groupe électrogène sont désastreuses :

  1. Colmatage des filtres : la biomasse bouche rapidement les pré-filtres et les filtres principaux, provoquant un arrêt du moteur par manque de carburant.

  2. Corrosion des injecteurs : les bactéries produisent des déchets acides qui attaquent les pièces métalliques du système d’injection et le réservoir lui-même.

  3. Perte de puissance : une combustion incomplète due à un carburant dégradé réduit l’efficacité du générateur.

Stratégies de prévention

Pour éviter la panne au pire moment, une gestion proactive est indispensable :

  • Le stockage court : Évitez de stocker du diesel plus de 6 à 12 mois. Si le stockage est inévitable, un système de rotation doit être mis en place.

  • Plein complet : Garder le réservoir rempli au maximum limite le volume d’air présent, et donc la condensation potentielle sur les parois internes.

  • Purge de l’eau : La plupart des réservoirs industriels disposent d’un point de purge bas. Il faut évacuer l’eau de condensation régulièrement (tous les mois ou trimestres).

  • L’additivation : L’utilisation de biocides est recommandée en prévention, mais avec parcimonie. Un surdosage peut modifier les propriétés chimiques du carburant. Il existe aussi des stabilisateurs de carburant qui ralentissent l’oxydation.

Le nettoyage et la maintenance 

Si la contamination est déjà présente, l’ajout de biocide ne suffira pas (cela tuera les bactéries, mais leurs cadavres boucheront quand même les filtres). Il faut procéder à un « polissage » du carburant (Fuel Polishing). Cette opération consiste à faire circuler le carburant du réservoir à travers une unité de filtration externe haute performance qui sépare l’eau, filtre les particules solides et détruit les organismes, avant de renvoyer le carburant propre dans le réservoir.

Le groupe électrogène est une assurance. Pour que cette assurance soit valide, le carburant doit être irréprochable. La surveillance de l’eau et l’entretien régulier du réservoir sont des investissements minimes comparés au coût d’une panne critique lors d’une coupure réseau.